La fille qui pleurait quand elle coupait des oignons

Je trouve qu’on vit vraiment le moment présent quand on a une douleur, on est là, toute là. On est toute là à sentir cette douleur, à la computer, à l’intégrer, on est vraiment présent dans notre corps dans notre mood. Ça nous ramène vite au « maintenant »- là là. C’est une petite méditation gratuite qui nous ramène dans notre corps. Il n’y a que lorsqu’on a un torticolis qu’on réalise combien de fois on tourne la tête dans une journée! Le p’tit HIP-BOY-AÏE-OUILLE qui te ramène vite à la vie. Il y a d’autres situations plus positives qui ont le même effet comme prendre une bouchée de son repas favoris! Tous les moments qu’on savoure, qu’on ne veut pas voir finir, telle la dernière journée des vacances à qui on refuse de penser au demain.

Je suis bonne pour m’occuper l’esprit, vagabonder dans ma tête et d’éviter. Quand j’ai mal en quelque part ou en dedans, pour éviter de penser je vais sortir, marcher, faire la vaisselle, faire à manger, manger, tricoter, écouter un film, gosser sur un projet, n’importe quoi qui me demande une petite concentration et qui détourne mon attention. Scroller le feed pour éviter d’avoir des émotions, être vide. Se remplir de vide. On se sent pas vraiment mieux après, mais il est plus tard, et on est un peu plus loin de la source du problème (qu’on s’dit).

J’ai écouté un TED talk récemment qui parlait de l’ennui. Manoush Zomorodi dans la conférence mentionne qu’on est de moins en moins assujetti à s’ennuyer, et que ce n’est pas bon pour notre créativité, pour notre capacité à résoudre des problèmes. Ça ma fait réfléchir sur le nombre de fois que je regarde mon téléphone pour voir une nouvelle photo sur Instagram ou voir si quelqu’un aurait décidé de m’envoyer un courriel ou un texto. Au même titre que je regarde mes courriels de job à chaque 2 secondes pour voir si j’ai de nouvelles demandes qui sont entrées, plutôt que de faire ce que je pourrais/devrais faire. Le fait de regarder ou de passer mon attention d’une tâche à une autre m’empêche de rester focus sur la tâche complexe et importante que je dois accomplir. J’évite dans l’fond de faire ma job complexe. Je me dis que j’avais pas le temps, qu’il y avait d’autres urgences, HA ça aussi j’suis bonne pour justifier le pourquoi. J’me dis que je suis meilleure sous pression et que c’est seulement la veille que je suis efficace. OUIN, j’me leurre finalement. Prendre le contrôle de mon temps au travail c’est aussi de me permettre de ne pas répondre à tout prix, pas tout de suite, attendre. Prendre un temps pour les tâches complexes et prendre un temps pour répondre aux affaires faciles. L’affaire c’est quand je réponds à un courriel, je ressens de la gratification quasi – immédiate, j’me dis un client de satisfait, une affaire classée: « bon travail! » Toutes ces petites tâches gratifiantes, que je trouve faciles à réaliser m’empêche de répondre à mes besoins, plus complexe, plus difficile qui me demande plus de concentration et où la gratification est plus longue à obtenir. C’est tellement difficile de modifier son « mind-set » pour être fière de ce qu’on fait sans avoir le bravo ou merci que l’on fait dans des tâches plus facile et ponctuelle. Heyyy lala…

Depuis que j’ai écouté ce TED talk, j’essaie d’ouvrir mon agenda avant mes courriels, de planifier ma semaine, ma journée, de regarder moins souvent mes courriels, d’éteindre les notifications de mes réseaux sociaux, d’attendre avant d’allumer mon téléviseur quand j’arrive chez nous, de ne pas regarder mon téléphone à tout bout d’champs, pour prendre le temps de m’ennuyer, de respirer et de vivre le moment.

Chaque semaine j’ai une option sur mon téléphone qui me donne le pourcentage de temps (heure) que j’ai passé sur mon téléphone et sur quelles applications. Résultat de la semaine passée, j’ai passé en moyenne 3 heures par jour sur mon téléphone. 3 HEURES PAR JOUR. Sur 24h, j’ai choisi de mettre le 8e de ma journée sur mon téléphone. Oui, là dessus il y a mes déplacements avec une application de GPS, il y a mes courriels, mes recherches internet… mais reste que je passe encore 5h par semaine sur des photos Instagram ou des vidéos Youtube. C’est 5 heures ou j’essaie d’oublier l’ennui que j’évite quelque choses. J’pensais avoir fait du progrès depuis le TED talk, haha. #peutêtre

J’ai le même concept au travail avec ma boîte outlook du travail – MyAnalytics et ça m’indique des recommandations comme mon taux de réponses à mes courriels.

« Pendant les heures de travail, vous lisez plus des trois quarts de vos courriers dans un délai de 30 minutes suivant leur réception. »

J’pourrais attendre un peu et répondre plus tard… mais non! J’aime ça ne pas avoir 50 courriels en attente. Pour vous donner un aperçu: je lis en moyenne par semaine 300 courriels, j’en envoi 150 (la moitié de ce que je lis) et j’ai 15 réunions/appel conférence. C’est quand même fou! Je comprends pourquoi j’ai besoin de m’ennuyer :)! Je comprends surtout pourquoi après une semaine de vacances j’ai autant de courriels à rattraper. Je pense qu’en répondant moins vite, les gens vont avoir tendance à moins m’écrire… et ainsi je vais gagner du temps, mon temps.

Peut-être que je capote pour rien et qu’on a bien le droit de se désennuyer. Je trouve quand même que ça prend beaucoup de place dans ma journée, dans ma semaine. Beaucoup de niaisage, beaucoup de courriels, beaucoup de temps à faire des choses que je n’aime pas vraiment et qui ne m’apporte rien.

En ralentissant mon rythme de réseaux-sociaux-téléphone-courriel, je me suis remise à cuisiner parce que j’aime ça. J’me suis dite que j’allais prendre le temps d’écrire de nouveau, de lire plus, de tricoter plus. J’me suis dit que j’allais me réapproprier mon temps. C’est toujours un work-in-progress et j’essaie de m’accorder plus de temps sur les choses qui me font du bien.

J’avais oublié combien écrire me faisait du bien.
J’avais oublié combien j’aime cuisiner.

J’avais oublié que je pleurais autant quand je coupais des oignons. Pis ça m’fait du bien.

Une réflexion sur “La fille qui pleurait quand elle coupait des oignons

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